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Dans le passé du jeu de dames


Publiée le par Jacky BRUIANT

Dans le passé du jeu de dames

Quand la presse parlait déjà des damistes

La presse du début du XXe siècle consacrait régulièrement des articles au jeu de dames. Nous reproduisons ci-dessous l'article publié dans Le Petit Parisien du 31 mai 1906.

DAMISTES !...
Le congrès de Grenoble — Les origines du jeu de dames — Encore une révolution en perspective
Le Petit Parisien, 31 mai 1906

DAMISTES !...

Le Congrès de Grenoble. — « On naît Damiste, on ne le devient pas ». — Les Distractions de Ramsès II. — Une Opinion d’Edgar Poë. — Encore une Révolution en Perspective !

La ville de Grenoble verra s’ouvrir, dans ses murs, le 3 juin prochain, un congrès peu banal. — Le premier dans le genre, sans doute. Ce sera celui des... damistes.

 

Damistes !... ce mot ne vous dit rien ? Il ne figure, il est vrai, dans aucun dictionnaire, mais il porte son sens en lui-même.

Les damistes sont, tout simplement, les braves gens qui consacrent une partie de leurs loisirs à jouer aux dames. Ils se sont, eux-mêmes, ainsi qualifiés.

« N’est pas damiste qui veut, disait un jour, non sans une pointe d’orgueil, en paraphrasant, à son insu, un mot célèbre, certain amateur passionné du damier. On naît damiste. On ne le devient pas. J’entends désigner par là ceux qui sont vraiment dignes de ce nom, c’est-à-dire qui n’ont eu qu’à développer des dispositions naturelles, indispensables pour devenir très forts. Et ce brave homme pouvait bien avoir raison.

En France, comme à l’étranger, les damistes sont nombreux. Ils ont formé des sociétés, et c’est l’une d’elles, le Club grenoblois, qui a pris l’initiative de réunir ce congrès où seront jetées les bases d’une fédération internationale. De graves questions y seront discutées, comme « l’unification du jeu de dames par l’adoption définitive du damier de cinquante cases par les pays se servant encore du damier de trente-six cases ».

Ensuite, les congressistes participeront à un concours : les champions et les maîtres, d’une part ; les amateurs, de l’autre. La lutte promet d’être chaude.

Ce programme affriolant a valu déjà aux organisateurs de nombreuses adhésions. Il leur en est arrivé de Paris, de Lille, de Lyon et de Marseille ; de Suisse, de Belgique et de Hollande. Sans aucun doute, il leur en parviendra d’autres, car, depuis longtemps, apparaît, chez toutes les nationalités éprouvant l’ardent désir de mieux se connaître, de se sentir les coudes et de commencer sur les réformes désirables.

Les Origines du Jeu de Dames

À toute époque, il y eut des damistes ; mais jamais jusqu’ici ils n’avaient songé à se constituer en une véritable corporation syndiquée.

Les origines du jeu de dames se perdent dans la nuit des temps. On le pratiquait déjà dans l’Égypte antique. L’une des fresques du pavillon de Ramsès II, à Médinet-Abou, représente-t-elle pas, en effet, les femmes jouant aux dames avec une de leurs compagnes ?

Le diagrammis des Grecs et le ludus latrunculorum des Romains paraissent, d’autre part, n’en être qu’une variante.

Ce n’est pourtant qu’au moyen-âge que ce jeu acquit la vogue dont il n’a cessé de jouir depuis lors. On l’appelait en France, le jeu des tables. Il était fort en faveur, au quinzième siècle, sous ce nom. Au seizième siècle, en 1577, pour être précis, l’Espagnol Antonio Torquemada fit paraître un traité où il étudiait les règles. Le premier traité du jeu de dames publié en France est celui de Pierre Mallet, qui fut publié en 1668. Il était relatif au jeu dit français, qui se jouait sur un damier de soixante-quatre cases, c’est-à-dire sur un échiquier. Le pion ne pouvait jamais prendre qu’en avant. La marche de la dame était identique à celle du pion, avec cette seule différence que la dame pouvait se diriger en avançant ou en reculant d’une case.

L’ancien jeu français fut complètement supplanté, sous la Régence, par le jeu dit « à la polonaise ». D’après l’académicien La Condamine, nouveau jeu aurait été inventé, à Paris, par un officier du régent qui avait pour partenaire un Polonais. C’est de là qu’il tirerait son nom.

Les joueurs de dames à la polonaise se réunissaient, en 1723, dans un café établi à l’hôtel des Saisons. Ce café prit le nom de son propriétaire, un ancien garçon de salle qui, né damiste, en était rapidement devenu le meilleur joueur de son temps. Manoury édifia, en 1770, un traité qui, de nos jours encore, fait autorité, de même que celui de Balédent, beaucoup plus complet, qui parut en 1881-1886 et ne comporte pas moins de trois volumes in-8°. Entre parenthèses, il y aurait de quoi remplir toute une bibliothèque avec les ouvrages consacrés au jeu de dames.

La Psychologie intervient…

L’étrange romancier Edgar Poë fut également un damiste distingué. Dans une page fort curieuse sur l’esprit d’analyse, il déclara hautement que « la haute puissance de réflexion est bien plus profitablement exercée dans le modeste jeu de dames que dans la laborieuse complexité des échecs ».

Dans ce dernier jeu, écrit-il, où les pièces sont dotées de mouvements divers et bizarres, la complexité est prise pour de la profondeur. Dans le jeu d’échecs, le joueur le plus attentif qui gagne et non pas le plus habile.

Dans les dames, au contraire, les probabilités d’inadvertance sont moindres, et les avantages remportés par chacun des joueurs ne peuvent être acquis que par une perspicacité supérieure.

Les faits semblent justifier cette opinion d’un profond psychologue. En effet, on cite bien le cas d’assez nombreux joueurs d’échecs qui purent jouer, de mémoire, plusieurs parties simultanément et les gagner consécutivement. Mais on cite peu d’exemples aussi nombreux de prodigieux partisans des dames. Le célèbre Philidor s’y essaya un jour. Au dixième coup, il ne s’y reconnaît plus.

La grande Réforme

Comme on l’a vu plus haut, les damistes se proposent d’unifier les jeux de dames. Actuellement ces jeux sont pratiqués de diverses manières selon les pays.

En Allemagne, par exemple, on joue aux dames à la polonaise, mais sur un échiquier, comme dans l’ancien temps. En Espagne, on se sert également d’un échiquier, de même que dans l’ancien jeu français ; le pion ne prend qu’en avant ; par contre, la dame marche comme dans le jeu polonais. En Italie, la dame ne peut jamais être prise par un pion, etc.

Enfin l’on a l’habitude, en quelques contrées, en Allemagne, en Hollande et en Russie, par exemple, de placer les pions sur les cases blanches, tandis qu’on les pose sur les cases noires en France, en Belgique et en Angleterre.

Le Congrès de Grenoble réformera tout cela, après sans doute laborieuses et savantes discussions qui, demeurant, ne manqueront pas d’intérêt.

Encore une révolution qui se prépare.

Henri PETITJEAN

Problème ancien

Problème paru dans la presse en 1898

Voici un problème publié dans la presse en 1898, présenté ici sous forme de diagramme moderne.


Paru dans la presse – 1898
Énoncé : les blancs jouent et gagnent.
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